Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone, Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer, Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses. Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos...
Tout être vivant normalement constitué n’est qu’un organe de reproduction. Les organes divers qui lui sont associés sont tous à son service et n’existent que pour lui permettre de survivre, et d’accomplir sa mission. La matière vivante ne semble pas avoir...
Quand l’homme et la femme qui se joignent gardent conscience que ce geste pourra donner naissance à un enfant, c’est en général parce qu’ils craignent cette conséquence et pensent aux précautions à prendre pour l’éviter. C’est pour rendre impossibles...
Je n’ai pas d’enfants, je ne regarde pas la télévision et je ne crois pas en Dieu, toutes sentes que foulent les hommes pour que la vie leur soit plus facile. Les enfants aident à différer la douloureuse tâche de se faire face à soi-même et les petits-enfants...
Etant en zone sud en 1943, je me trouvai en contact avec un cénacle de poètes qui publiaient leurs vers dans une revue locale. L’un d’eux, farouchement antinazi, publiait au grand jour des poèmes vengeurs dans lesquels il disait cruellement son fait à...
« Pouvoir Etudiant ». Oui, c’était à eux, les étudiants, qui avaient eu le privilège d’acquérir de la culture, de conduire leurs frères ouvriers à la conquête d’une vie délivrée de l’esclavage du capitalisme et des contraintes des bureaucraties socialistes....
Nous ne voyons jamais au-delà de nos certitudes et, plus grave encore, nous avons renoncé à la rencontre, nous ne faisons que nous rencontrer nous-mêmes sans nous reconnaître dans ces miroirs permanents. Si nous nous en rendions compte, si nous prenions...
Le sentiment que l’homme supporte le plus difficilement est la pitié, surtout quand il la mérite. La haine est un tonique, elle fait vivre, elle inspire la vengeance ; mais la pitié tue, elle affaiblit encore notre faiblesse. C’est le mal devenu patelin....
- Ca va, coupa Martin, tu nous en casses deux, avec tes renvois. - Ta petite sœur. Quel âge que vous avez, vous autres ? Les cafetiers, auxquels s’adressait la question, gardaient un mutisme digne, le regard vague, la bouche pincée. - Vos âges, nom de...
Enfin, Minche a de la religion. Il ne va pas à la messe, parce que cela ferait causer, mais il croit qu’il y a un Dieu ; depuis la dernière grève des usines Té. Avant, déjà, il s’en doutait. La dernière certitude lui est venue certain après-midi, alors...
Le désir des honneurs, des biens, des délices, Produit seul ses vertus, comme il produit ses vices, Et l’aveugle intérêt qui règne dans son cœur, Va d’objet en objet, et d’erreur en erreur ; Le nombre de ses maux s’accroît par leur remède ; Au mal qui...
Je crois que le dicton suivant était aussi valable pour nous : Qui est riche est bon. Naturellement on évitait le mot « bon », qu’on remplaçait par « bien », comme on dit chez nous : les gens « bien », c’étaient les gens riches. Nous ne disions d’ailleurs...
Plus ou moins lentement vont disparaître cette joie de se retrouver, cette lumière qui s’établissait au moindre contact, ce champ magnétique qui séparait le couple de la réalité et l’enveloppait cet arc-en-ciel. Chacun va découvrir l’autre, le voir enfin...
Une tristesse noire lui embrumait la poitrine. Les femmes et les hommes étaient stupides et laids, et leur vie absurde. A quoi bon travailler, pédaler, manger, vivre ? La nuit après le jour ? et le jour après la nuit, et toujours, et encore, et au bout...
Je crois qu’en face du cœur humain et de la raison humaine, faits d’impérissable appels, il n’y a que le mirage de ce qu’ils appellent. Je crois qu’autour de nous, il n’y a de toutes parts qu’un mot, ce mot immense qui dégage notre solitude et dénude...
Mon très cher petit Lou je t’aime Ma chère petite étoile palpitante je t’aime Corps délicieusement élastique je t’aime Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime Sein gauche si rose et si insolent je t’aime Sein droit si tendrement rosé je t’aime...
[Je] me rappelle cette vieille blague, vous savez, celle du type qui dit à un psychiatre : « Docteur, mon frère est fou. Il se prend pour une poule. » Le médecin demande : « Pourquoi ne l’amenez-vous pas à l’asile ? ». Et le type répond : « Je ne peux...
Je connais une vieille blague. C’est deux petites vieilles dans un hôtel pour troisième âge des Catskills. Il y en a une qui fait : « Oh, dis donc, ce qu’on mange ici, c’est vraiment pas bon ». Et l’autre dit : « Oui, et en plus, les portions sont minuscules...
Fille à dix ans est un petit livret Intitulé : le berceau de nature Fille à quinze ans est un joli coffret Qu’on n’ouvre pas sans forcer la serrure. Fille à vingt ans est un épais buisson Dont maint chasseur, pour la battre, s’approche. Fille à trente...
La timidité est une étrange maladie. C'est comme une révolte que l'on sent courir dans les frontières du corps, sans cause extérieure qui suffise à l'expliquer; révolte qu'on dirait presque malicieuse, car elle semble n'avoir d'autre fin que de rappeler...
Suivant les conseils de Dehmel, à qui j’en suis encore reconnaissant aujourd’hui, j’employais mon temps à faire des traductions de langues étrangères, ce que je tiens encore pour le meilleur moyen dont puisse disposer un jeune poète pour saisir dans sa...
Avoir de la jalousie pour une femme dont on est aimé constitue de singuliers vices de raisonnements. Nous sommes aimés ou nous ne le sommes pas : placée à ces deux extrémités, la jalousie est un sentiment inutile en l’homme ; elle ne s’explique peut-être...
Voir sa maîtresse endormie, rieuse dans un songe, paisible sous votre protection, vous aimant même en rêve, au moment où la créature semble cesser d’être, et vous offrant encore une bouche muette qui dans le sommeil vous parle du dernier baiser ! Voir...
Je suis un être infect, lâche et sans consistance. J’appartiens à cette espèce d’individus répugnants qui mènent une existence irréprochable pour ne pas exposer un principe dans les fondrières de leur conscience. Je me suis fait, pour mon plaisir, une...
Il en viendra beaucoup des trouveurs d’aventure, En galop tout poudreux, des roses pleins les mains, Mais l’un, un soir, dénouera votre chevelure Et vous crierez : C’est toi !... C’est toi jusqu'à demain. Car l’endemain viendront des chevaucheurs encore...